Sur le fil de Darwin, expédition de l’extrême réalisée par le Groupe militaire de haute montagne

 

Intervention du général Benoît HOUSSAY – Commandant la 27e brigade d’infanterie de montagne

Avant-première du film « Sur le fil de Darwin »

Ecole de Guerre, amphithéâtre FOCH, mercredi 4 septembre 2013

 

– seul le prononcé fait foi –

Monsieur le gouverneur militaire de Paris,
Messieurs les officiers généraux,
Monsieur le premier conseiller de l’ambassade du Chili représentant Son Excellence Monsieur l’ambassadeur du Chili en France,
Mesdames, Messieurs,
Chers amis,
 
Il y a quelques semaines, à Grenoble lors de la Saint Bernard, fête nationale des Troupes de montagne, le chef d’état-major de l’armée de terre décorait plusieurs emblèmes de la brigade de la fourragère de la croix de la valeur militaire pour les opérations conduites en Afghanistan.
A cette occasion, des propos élogieux ont été prononcés à l’égard des soldats de montagne, propos, qui par leur teneur, démontrent combien la préparation opérationnelle de haut niveau dans ce milieu exigeant qu’est la montagne démultiplie l’efficacité lors des engagements.
L’expertise de l’engagement de haut niveau en montagne et en milieu grand froid c’est justement la vocation première du Groupe Militaire de Haute montagne.
Le Groupe Militaire de Haute Montagne a vu le jour en 1976 par la volonté d’un de mes grands anciens à la tête de la 27ème Division Alpine devenue aujourd’hui la 27ème Brigade d’Infanterie de Montagne : le général Pierre LAURENS. Novateur s’il en est, il avait senti l’intérêt d’accorder au sein des Armées une place toute particulière à l’alpinisme de haut niveau.
En créant ce groupe, il lui avait donné pour mission initiale de développer :

  • la connaissance de la haute montagne,
  • la résistance humaine face aux dangers de ce milieu,
  • et l’expérimentation de techniques et matériels nouveaux, destinés à l’amélioration des équipements au bénéfice non seulement des soldats de montagne mais aussi des personnels de la Défense.

On retiendra ainsi quelques-uns des domaines de prédilection de leurs différentes expérimentations en citant : l’alimentation, la santé, l’habillement et bien entendu la survie en milieu extrême.
On ne peut pas parler du GMHM sans évoquer les grands rendez-vous physiques, sportifs et techniques que lui avait fixés l’Armée de Terre.
En 30 ans d’expéditions, ses membres auront inscrit à leur actif 6 des plus prestigieux sommets de plus de 8000m, dont l’Everest sans oxygène (1993) et les 2 pôles en autonomie (1996 PN et 1998/99 PS).
Depuis 1984, les nombreuses expéditions et explorations du groupe ont permis à la Défense de faire flotter le drapeau français, plus de cent fois partout à travers le monde, et cette fois ci, dans la cordillère de Darwin, le premier sur un bout de terre jusqu’alors inaccessible à l’homme.
Dès sa création, le groupe débute une période d’entraînement et d’aguerrissement dans l’arc alpin au cours de laquelle il se perfectionne. Puis rapidement, le GMHM élargit son champ d’action en se lançant dans des expéditions plus lointaines, en terre de Baffin et en Alaska.
Au milieu des années 80, alors que le Groupe franchit son 1er « 8000 » (Lhotse Shar – 1984) un nouvel aspect de ses activités se dessine, centré sur la 3ème dimension en zone montagneuse avec les expérimentations des vols en deltaplane et en parapente, toujours à des fins tactiques et opérationnelles.
Les expéditions, quant à elles, changent peu à peu d’orientation et tendent vers la recherche d’exploits sportifs (record de vitesse à l’Aconcagua 1992) ou des réalisations d’enchaînements.
Les années 90 (entre 1993 et 1999) verront le Groupe atteindre les 3 pôles en autonomie (les deux pôles + l’Everest) puis réaliser des expéditions sur des thèmes toujours associés à des challenges (challenge 7 continents – 7 alpinismes (5 continents + les deux pôles)).
Le calendrier des activités à venir du GMHM conserve l’esprit qu’il entretient depuis trente cinq ans. Le challenge en cours relance en effet son action sur une activité en haute altitude avec un projet global mené sur trois ans avec comme objectif final : un nouveau « 8000 » : le K2 au Pakistan prévu au printemps 2014.
La première étape fut l’ascension en mode alpin, c’est çà dire d’une traite et en autonomie complète, de la face ouest du mont Kamet en Inde (7756m) réalisée en 6 jours, du 22 au 27 septembre 2012, qui fut également une première mondiale et saluer comme telle par le monde de la montagne. Le GMHM s’est vu en effet décerné le 6 avril 2013 un Piolet d’Or à Courmayeur par le président du jury 2013, monsieur Stephen VENABLES, qui récompense cet exploit.
La deuxième étape est imminente. Il s’agit de l’ascension du Shishapangma (8013m). Le Groupe s’envole en effet demain pour la Chine pour vaincre ce sommet. Il y a dix ans, lors d’une première tentative, le lieutenant Renard et le capitaine de Choudens avaient trouvé la mort lors de l’ascension d’un sommet d’acclimatation voisin.
La traversée de la cordillère DARWIN était un projet ponctuel à part entière et atypique, synthèse parfaite des compétences acquises en milieu polaire et alpin pour une équipe en pleine maturité.
C’est aujourd’hui ce nouveau défi relevé, cette nouvelle « première » mondiale réalisée, cette nouvelle réussite de l’armée de Terre, ce magnifique succès de l’alpinisme français qui ramène ces hommes de l’ombre dans une lumière qu’ils maîtrisent moins, celle de la notoriété et de la reconnaissance.
La valeur de leur performance atteint elle aussi des sommets. Les clés de la réussite de toute mission se sont vérifiées : « l’endurance, la persévérance dans l’effort, la force morale et la foi dans la victoire».
Avant de vous laisser découvrir le film, je voudrai souligner les qualités extraordinaires de ces hommes pour accomplir une telle performance. Ces qualités, vous les observerez sur les six visages filmés jour après jour dans la tourmente de cette terre inhospitalière.
Dans leurs yeux et dans l’expression de ces visages, vous lirez la force morale de ces hommes forgée au fil des ans par la pratique assidue de la haute montagne.
Vous verrez la minutie et la complexité de la préparation d’une telle expédition.
Vous apprécierez l’audace de relever un défi de cette ampleur et de cette intensité, là où tout n’est qu’inconnu, aventure.
Vous reconnaîtrez la réelle capacité à décider en équipe dans l’adversité, en conservant la lucidité suffisante malgré une fatigue accumulée, puis après, les efforts de tous tournés vers l’accomplissement de la décision prise ; ce fonctionnement est bien le résultat de la formation militaire et d’un entraînement poussé.
Vous admirerez le courage physique d’aller sans cesse affronter les éléments et surtout celui qui permet que l’on engage sa vie et celle des autres dans une confiance mutuelle absolue.
Vous serez également les témoins d’une solidarité, que chaque minute aurait pu faire voler en éclats mais jamais mise à défaut parce que l’esprit de cordée est là-bas seul gage de survie, la force de l’équipe a été le facteur clé de la réussite .
Vous observerez la maîtrise des émotions dans les instants les plus difficiles, lorsque tout semble perdu.
Vous reconnaîtrez enfin l’humilité du montagnard face à la nature puissante, supérieure, imperturbable et aussi face à ses camarades.
En accomplissant cette traversée dans des conditions extrêmes, le Groupe a réussi à transformer un mythe en réalité.
Sans perdre de vue le cadre d’action qui lui est fixé depuis toujours, le Groupe a tiré les enseignements de cette expédition (dans le domaine de la survie, de la topographie, de l’équipement et de la technique pure) et les a mis au profit, notamment, du groupement commando montagne (GCM) de la brigade avec lequel il entretient des relations très étroites. Des expéditions communes sont par ailleurs régulièrement conduites par ces deux Groupes d’élite.
Au cours de ces années d’existence, 80 cadres de l’armée de terre ont servi au sein du GMHM ainsi que de nombreux appelés du contingent et quelques personnels civils, guides de haute montagne, dont certains ont marqué le monde de l’alpinisme après avoir pris leur envol au sein des troupes de montagne. Je pense en particulier à Christophe Profit, Eric Escoffier, Jean-Christophe Lafaille ou encore François Marsigny.
Ils assoient ainsi, par leur statut, la légitimité du groupe mais aussi la crédibilité des personnels de la Défense dans le milieu très fermé des professionnels de la montagne.
Avant de terminer, je voudrais vous livrer cette définition du montagnard que je lisais cet été tant elle colle à l’exploit du GMHM :
« Le vrai montagnard est un vagabond. J’entends un homme qui aime à aller où jamais aucun homme ne s’est hasardé avant lui, un homme qui met sa joie à s’agripper à des rochers n’ayant jamais senti les touches des doigts humains ; un homme qui aime à tailler sa route dans de couloirs de glace dont les ombres farouches sont le refuge des nuages et des avalanches… ».
Qu’il me soit donc permis pour terminer ce propos introductif, de vous remercier de votre présence nombreuse et de remercier très sincèrement tous ceux qui ont rendu possible cette soirée et la société Victorimage pour la qualité de ce film qui ne vous laissera pas indifférent.
J’ai l’honneur de vous présenter le groupe militaire de haute montagne de l’armée de Terre. Et d’abord son chef, auquel je laisserai le soin de vous présenter ses hommes après l’intervention de Jean-François DIDELOT, directeur de la production de Victorimage.
Le capitaine ALBRIEUX est issu de la promotion d’élèves sous-officiers de 1994 de l’EMHM.
Dès sa formation initiale terminée, il rejoint le 7e BCA de Bourg St Maurice comme sergent, d’abord en compagnie de combat puis à la section renseignement (la section d’élite du bataillon).
Il prépare le concours de l’EMIA quelques années plus tard, concours qu’il réussit, ce qui lui permettra de retrouver le 7e BCA en tant qu’officier. Au cours des années suivantes, il continue de se perfectionner en montagne et obtient le diplôme difficile de Guide de haute montagne, ce qui lui permet de rejoindre tout naturellement le GMHM en 2004 pour en prendre la tête en 2008.
Je vous remercie.

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